De cette fameuse première côte…

Beaucoup de propriétaires arrivent au bodywork après avoir entendu parler de cette fameuse première côte, responsable de tous les maux, dissymétries et high-low en tout genre. Beaucoup d’interrogations tournent autour de ce point et cristallise pas mal de doutes et d’interrogations.
Pas de querelle de chapelle ici, nous allons essayer d’expliquer un peu les choses du point de vue du bodywork.

Première question plus que fréquente : mais pourquoi aucun ostéopathe n’en parle ?
Les ostéopathes s’occupent des structures osseuses du cheval, ils devraient donc s’en préoccuper. Sauf que cette première côte est située sous la scapula. Elle n’est donc pas accessible par le praticien.

Concrètement, à part April Battles (holistichorseworks.com, USA), je n’ai trouvé que le docteur Sabine SACHS, vétérinaire ostéopathe allemande, qui aborde le sujet dans son livre « Traiter son cheval par l’ostéopathie ».

La question qui suit, légitimement, est : si on ne peut pas l’atteindre, comment vous la débloquez ? Nous pouvons la débloquer parcequ’en réalité, on ne va pas y toucher ! Une côte va se bloquer pour deux raisons : suite à un blocage d’une vertèbre thoracique ou à cause de tensions musculaires résultant de traumatismes ou de muscles sur-sollicités (compensations, travail non adapté, coup, chute,…).

Squelette de cheval présentant une première côte déplacée (sa côte droite). On peut également noter de dissymétrie au niveau des pieds résultant de ce blocage.
 Là où l’ostéopathe ou le chiropracteur va pouvoir intervenir est sur le blocage de la vertèbre thoracique, le praticien bodywork va pouvoir intervenir sur les muscles en spasme. Nous allons donc avec une manipulation très simple et toujours très bien acceptée par les chevaux décompresser ces muscles en spasme qui empêchent à la première côte d’être à sa place. Le résultat est d’ailleurs immédiat, le cheval se met systématiquement à mâchouiller une fois la manipulation effectuée (signe de décontraction). C’est d’ailleurs ce signe qui nous permet de savoir si la manipulation est passée ou si il y a besoin de la recommencer.

Mais en quoi une toute petite côté cachée dans cet amas de muscles qu’est l’avant main va poser problème ?
Parceque cette petite côte bloque le mouvement d’extension de l’épaule et donc de l’antérieur. Le cheval, au lieu de faire un mouvement de protraction (le fait d’avoir le membre tiré vers l’avant par les muscles et tendons extenseurs), est obligé faire un mouvement d’épaule vertical pour pouvoir soulever le membre et l’amener par la force de l’épaule vers l’avant. Un peu comme si il avait une jambe plâtrée.

Cette restriction de mobilité est d’autant plus prononcée que le cheval va être en extension d’encolure (nez en bas). C’est pour cela que le blocage de cette première côte se remarque surtout lorsque le cheval broute. Combien de propriétaires trouvent “bizarre” que leur cheval adulte continue de brouter comme un goal, toujours le même antérieur en avant ? Leur cheval broute en ciseau faute de pouvoir amener l’antérieur de la côte bloquée en avant !

Ici April Battles montre sur un cheval de sport le rhomboïde sur développé du côté de la première côte bloquée.
Au travail, un développement anormal du rhomboïde du coté de la côte bloquée (ou des deux côtés si les deux sont bloquées !), dont en général les cavaliers sont très fiers, pensant leur cheval très musclé… Pour rappel, tout muscle sur-développé et qui n’est plus dans l’harmonie globale du corps est un muscle sur-sollicité, donc un muscle qui compense un blocage quelque part. Ca n’est pas à prendre à la légère et ça révèle un soucis biomécanique.
Schéma montrant la position de l’artère pulmonaire (en violet).

A noter également qu’une première côte bloquée à gauche va comprimer l’artère pulmonaire, et donc géner la capacité respiratoire. Ca n’est pas rare de voir des chevaux avec une première côte bloquée à gauche une fois libérée se mettre à respirer profondément. Je vous laisse imaginer ce que peut ressentir le cheval et le confort gagné dans la pratique sportive.

 

Ces restrictions mécaniques vont tout logiquement avoir des conséquences sur la posture du cheval et sa mobilité. Suivant les natures (cheval plus ou moins souple, plus ou moins dur au mal,…) mais aussi les disciplines pratiquées, ce soucis va s’exprimer différemment. Certains vont se retrouver complètement bloqués, voir boiteux, d’autres présenter juste une raideur à une main (parfois seulement au galop). Dans tous les cas, le cheval n’est pas dans le confort et ces restrictions de mobilité vont entrainer des compensations.

 

Les compensations posturales vont se retrouver sur différents points :
– une dissymétrie au niveau des omoplates, avec une en rotation par rapport à l’autre (à l’origine parfois de soucis de selle),
– une dissymétrie au niveau des muscles pectoraux,
– une dissymétrie au niveau des coudes (un plus rentré avec une rotation du membre le rendant plus ou moins panard / l’autre plus ouvert, avec une rotation du membre le rendant plus ou moins cagneux)
– une dissymétrie au niveau des pieds, avec une boite cornée dissymétrique pour certains (voir même P3 de forme différente, visible sur les radios), pour d’autres juste une concavité moins prononcée,…

Au travail, on va se retrouver avec un cheval dissymétrique dans sa musculature complète (un latéral plus musclé que l’autre), un cheval qui va constamment se porter plus sur un antérieur (départ au galop ou réception à l’obstacle toujours du même pied, inconfortable voir irrégulier au trot enlevé sur le diagonal de la côte bloquée,…), un cheval qui va tomber sur le cercle à une main ou au contraire ne pas pouvoir réduire ce cercle,…

C’est l’étape 1.

L’étape 2 étant la compensation globale, avec des blocages au niveau du garrot, des cervicales basses, les 8 premières côtes, la scapula,… puis se répercuter au niveau de l’arrière main, avec des chevaux qui vont se retrouver avec des soucis de sacrum vrillé, d’ischion plus bas que l’autre, de bassin décalé,… puis finir par avoir des processus épineux qui vont se restreindre à cause d’une sollicitation anormale des psoas,…

L’étape 3 est lorsque le corps présente une usure physique. On en arrive à des atteintes du naviculaire ou des chevaux catalogués avec des syndromes naviculaires sur le pied constamment sollicité, voir des tendinites de compensation sur l’autre antérieur, de l’arthrose au niveau des cervicales basses, des conflits de processus épineux au garrot ou aux lombaires, des calcifications,… Et des chevaux au pronostic sportif compromis parfois encore très jeune.
Mais pour quelle raison cette première côte se bloque ?
Le blocage musculaire de cette côte peut intervenir dans de nombreux cas : chute, contracture musculaire, violents mouvement d’encolure type du cheval couché qui se coince et cherche à se libérer. Bref, se sont des êtres vivants !
Thermographie d’April Battles : à gauche avant manipulation,
à droite 5 minutes après manipulation.

April Battles a mené ses recherches sur cette première côte encore plus loin en pratiquant des thermographies d’un cheval avant et après déblocage. La seconde thermographie est prise 5 minutes après la manipulation. Les images sont plus que parlantes, les zones en rouge étant des zones d’inflammation. Libre à chacun de tirer les conclusions qu’il souhaite…

Elle a également pu constater sur des poulains des blocages de cette côte. Laissé grandir tranquillement jusqu’au débourrage, on imagine bien que celle ci ne s’est pas remise seule à sa place, mais que le reste du corps s’est plutôt construit autour de ce blocage, en compensant comme il peut pour retrouver un semblant d’équilibre et de confort. Autant dire que sa carrière de cheval de sport (ou même de loisir) ne part pas vraiment sur un bon pied !

 

De mon côté, de tous les chevaux que j’ai pu voir en consultation, pas un seul n’avait pas au moins une première côte bloquée (voir les deux) ! Tous étaient d’origine et d’âge divers, chevaux de loisir ou de sport (CSO, dressage CCE,…). Tous ne présentaient pas forcément une asymétrie prononcée, certains ne posaient pas de problème particulier à leur cavalier dans la pratique sportive. D’autres étaient réellement handicapés.

Une séance de bodywork n’est pas réservée seulement aux chevaux présentant un problème déclaré, mais à l’ensemble des chevaux, montés ou non, afin de leur permettre de retrouver leur intégrité physique et leur plein potentiel. C’est à dire pouvoir redevenir le plus droit possible, mais surtout le moins contracté possible, afin de pouvoir se mouvoir librement.

Comme j’aime le rappeler :
« Si le cheval n’a pas le corps entièrement libre et souple, il ne peut obéir aux volontés de l’homme avec facilité et avec grâce. »
La Guérinière

***

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que l’on effectue une visite “état des lieux” pour pouvoir aider votre cheval et vous donner des outils d’évaluation de votre cheval.


Pour rappel, une séance de bodywork ne remplace pas une consultation d’un vétérinaire, ostéopathe / chiropracteur ou maréchal/podologue.

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