Etude de cas : réhabilitation d’un High-Low sévère

On entend de plus en plus parler de chevaux présentant un High-Low (ou syndrome de la diagonale pour les frenchies !). Face au désarroi et au sentiment d’impuissance des propriétaires, j’ai envie de partager aujourd’hui le cas d’un high-low “spécial”, puisque c’est celui de mon cheval, qui a été l’initiateur de mes différentes formations et démarches pour dénicher des solutions pour son cas.
Postulat de base.
Notre cobaye est donc d’un cheval de 3 ans, acheté non débourré, avec visite vétérinaire complète (examen locomoteur + 12 radios des membres), avis favorable du vétérinaire. Aucune pathologie trouvée, juste une remarque : P3 n’a pas la même forme sur les deux antérieurs (antérieur droit la phalange est moins concave que sur l’antérieur gauche). « Sans conséquence, un bon maréchal et il n’y aura aucun soucis ma p’tit madame » dixit le vétérinaire.
Ce fut la première erreur.
Radios des antérieurs lors de la visite d’achat à 3 ans.
Le cheval est acheté, 3 semaines après son arrivée il est boiteux antérieur droit. Tiens tiens tiens………..
Re-visite d’un autre vétérinaire, re-examen locomoteur (RAS), re-radios (RAS),… conclusion du vétérinaire : on sait pas, ça doit être une sensibilité, il n’y a qu’à ferrer, avec plaque, ça devrait régler le problème.
Ok, merci Mr le vétérinaire, à bientôt (ou pas). Le cheval ne sera pas ferré. Sur un 3 ans, pas débourré ni travaillé, sans pathologie, ferrer avec plaque est une hérésie à mes yeux. Il continuera sa croissance tranquillement, en présentant parfois de légères gènes sur cet antérieur sur sol dur et très irrégulier.
Premier bon choix !
A 3 ans, à son arrivée, pas débourré ni travaillé, avec sa position habituelle pour brouter.
On peut déjà constater à cette époque une façon de brouter comme un foal, à faire les ciseaux des antérieurs, toujours le droit en avant, les postérieurs ramassés. Cette position avait été mise sur le fait d’une forte croissance, une difficulté à prendre conscience de son corps et de s’arranger avec… why not, m’enfin quand même…
A 4 ans, le cheval est débourré. C’est là que ça se corse. Une fois dessus, on constate une atrophie de l’épaule gauche par rapport à l’épaule droite (40% de masse musculaire en moins), un cheval qui n’arrive pas à galoper à droite sans être complètement contre incurvé ou désuni (ou carrément du mauvais pied), tourner à gauche est compliqué, et pour couronner le tout, cheval irrégulier lorsque l’on trotte sur le diagonal gauche (s’arrête même).

 

 

A 4 ans, juste débourré et sorti en extérieur principalement avec du dénivelé. La position pour brouter n’a pas été modifiée…
Bref, prise de conscience qu’il y a un réel soucis sur ce cheval et début d’un looooong cheminement pour trouver des réponses.
Le cheval est travaillé légèrement, principalement en extérieur, avec montées et descentes. Il prend du muscle et de la force, mais garde cette dissymétrie. A 4 ans, il broute toujours comme un foal…
Errements
Étape 1 : Face à la dissymétrie musculaire et aux soucis rencontrés au travail, nous nous penchons tout naturellement vers la méthode du docteur Pierre Pradier, que j’ai croisé il y a quelques années lors d’une journée de démonstration, où j’en ai pris plein les yeux et plein le cœur de voir ses chevaux fonctionner aussi facilement, avec justesse et envie.
Le travail de rééducation commence en novembre 2015 avec Julie Lavergne, qui a travaillé les chevaux sous le regard aguéri du docteur pendant plus de 8 ans, à travailler et réhabiliter toute sorte de chevaux.
Si les débuts furent difficiles pour le cheval, les résultats ont commencés à arriver et le cheval va petit à petit retrouver une musculature plus harmonieuse.
Merci Julie pour ta patience et ta persévérance… c’est rare de voir des chevaux travaillés dans le beau et juste. Ton savoir est une pépite, un travail sur soi autant que sur le cheval.

Étape 2
: si d’un point de vue musculaire les points de tension se sont atténués, persiste une certaine dissymétrie dans le travail et au niveau des pieds qu’il faut continuer à corriger. L’adage disant « pas de pied pas de cheval », on va donc tout naturellement s’attaquer à ce point.

Toujours pas ferré, le cheval présente une dissymétrie des pieds (reflet de ce qui se passe plus haut), pourriture de fourchettes à l’année et corne de mauvaise qualité. On va donc commencer à chercher ce qui ne va pas avec ces fichus pieds.

Août 2016, un stage et une visite de Guillaume Parisiot après, c’est le déferlement de réponses.

« Ben c’est normal qu’il boite votre cheval, il a une descente distale. »
« La dissymétrie ? normal, il a un high-low, regardez, sa première côte est bloquée. » 
« La corne et la fourchette pourrie, ça vient de l’intérieur. Qu’est-ce qu’il mange ? Comment il vit ? »
 

Le parage est modifié dans la foulée par la venue d’une nouvelle podologue et un changement de vie / alimentation est mis en place. 3 mois plus tard, la descente distale et la pourriture des fourchettes ont disparues. 6 à 7 mois plus tard la qualité de corne s’est améliorée et le pied s’est totalement restructuré. Ou plutôt le pied s’est complètement transformé dans ses structures internes et rétabli dans sa fonction primaire en quelques mois.

Première victoire !

Merci Guillaume pour le regard bienveillant que tu as posé sur ce petit cheval… tu es un maillon incontournable de sa réhabilitation et de mon cheminement.

Étape 3 : sentant bien qu’il manque un maillon pour tout relier et que les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts, après la visite de 3 ostéos différents, pour lesquels les mêmes soucis étaient évoqués (arrière main pas connectée à l’avant, soucis d’épaule) sans solution efficace apportée, je me lance dans la formation de bodywork en novembre 2016.

Ce cheval sera mon cobaye attitré! La première séance de bodywork intervient début décembre, pour débloquer cette fameuse première côte (ou plutôt les deux chez lui !) dont on entend tellement parler.

A 5 ans, après les premières séances de bodywork, le cheval est capable de brouter correctement, en alternant l’avancée d’un antérieur puis l’autre.
Il n’est à ce moment là pas travaillé, faute d’installations.

Le cheval n’est pas au travail à ce moment (hormis quelques sorties le week-end en extérieur) faute d’installation pour travailler. Par contre il vit au pré H24 et bouge toute la journée.

Premiers résultats sur la posture en 3 jours. L’accompagnement post bodywork sera primordial par une rééducation psychomotrice pour essayer de modifier le schéma corporel. Comment penser qu’un cheval qui adopte une posture compensatoire depuis des années va changer sa posture sans une petite rééducation ?

 

Étirements passifs et actifs, rééducation posturale lorsqu’il broute, rééducation à la proprioception (et là le pied nu est un vrai plus),… en plus d’un suivi en podologie, ostéopathie avec la rencontre d’une chiropraticienne passionnée par la locomotion et au niveau du travail monté, toujours avec la méthode Pradier.

7 mois après, le cheval présente une concavité plus importante sur l’ancien pied plat. Après vérification du chiropracteur et en bodywork, tout est à sa place. Une visite de la podologue va également confirmer les résultats. C’est là que l’on peut savourer une grande victoire : si aucun blocage physique ne persiste, c’est que le changement est profond, le cheval a été remis sur ses 4 pieds, en équilibre.

A 6 ans, la dissymétrie ayant totalement disparue, que ce soit d’un point de vue de la masse musculaire, des pieds ou du travail.
Conclusion
Aujourd’hui le cheval a 6 ans. Si il a prit du retard dans son travail, il est maintenant « opérationnel », peut travailler à pied comme monté, en promenade comme dans du travail plus technique de gymnastique pure.
Pour tous les cavaliers désespérés par leurs chevaux présentant un high-low ou même une dissymétrie prononcée, sachez qu’une réhabilitation est possible ! Pour une utilisation de cheval de sport, pas seulement pour un cheval de promenade.
Si ce même cheval avait été pris en charge avec les connaissances que j’ai accumulé via la gestion de ce cas, 8 à 12 mois auraient suffit pour sa réhabilitation. Sur un cheval débourré ou non, travaillé ou non.
Quelle perte de temps, d’énergie, de sommeil et d’argent !
***
Mille mercis à la team qui nous entoure (presque au quotidien) et avec qui il est toujours agréable d’échanger nos expériences et « trucs et astuces »…
à Camille Roger, super podologue, ouverte et professionnelle, qui ne compte pas son temps et ses conseils
à Fanny El Hagar, chiropractrice (humain et équin) passionnée et passionnante, qui pose un regard bienveillant sur chaque patient, quelque soit son type !
Sans oublier mon beau Beso, pour m’avoir montré le chemin. Quelle chance j’ai de t’avoir comme guide… moi qui pensais que j’allais te façonner, c’est toi qui me transforme.
« C’est un petit cheval blanc, tous derrière, lui devant… » George Brassens
***
N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que l’on effectue une visite “état des lieux” pour pouvoir aider votre cheval et vous donner des outils d’évaluation de votre cheval.

Pour rappel, une séance de bodywork ne remplace pas une consultation d’un vétérinaire, ostéopathe / chiropracteur ou maréchal/podologue.

***

EDIT
Pour ceux qui me demandent les liens vers les différents professionnels cités :
– Julie Lavergne – www.2c2a-concept-equestre.com
– Guillaume Parisot – www.podologie-equine-libre.net
– Camille Roger – www.facebook.com/sabotineetcompagni…
– Fanny El Hagar – www.chiropracteur-equin.fr et www.chiropraxie-77.fr

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