YOGA DU CHEVAL – épisode 1 : l’exercice de la carotte

Aujourd’hui je commence une série d’articles traitant des différents exercices du yoga du cheval. Le premier aborde un exercice fondamental, sûrement le seul à retenir et peut-être le préféré de nos amis les chevaux ! Il s’agit de l’exercice de la carotte.
Cet exercice a de multiples bénéfices que nous allons détailler ci dessous. Si tout le monde connaît l’exercice (plus ou moins), je vais apporter ici quelques précisions et variantes.
L’exercice consiste à amener le bout du nez de son cheval latéralement, le plus loin possible, en s’aidant d’un bout de carotte ou autre friandise dont raffole votre cheval.
Jusqu’ici, tout le monde se dit « trop facile, mon cheval il y arrive les doigts dans le nez ». Sauf qu’en pratique, de nombreux chevaux ne peuvent pas varier la longueur et la hauteur du nez dans cet exercice. Certains ne peuvent même pas dépasser le coude !
L’exercice chez moi se fait donc de 3 niveaux détaillés ci dessous :
Niveau grasset
Niveau 1 – le grasset
On va demander au cheval d’amener son bout du nez le plus près possible du grasset.
Cet exercice va vous permettre de vérifier et d’entretenir la mobilité des vertèbres cervicales basses et du garrot du cheval.
Niveau musculaire, toute la chaine musculaire du coté opposé va devoir se détendre et s’allonger, pour libérer l’encolure et jusqu’au garrot (trapèze), en ayant une incidence jusque sur le dos pour ceux qui vont aller le plus loin.
Niveau genou / grasset (le cheval aurait pu aller plus bas)
Niveau 2 – jarret (ou genou pour les moins souples !)
On va demander au cheval d’amener son bout du nez au niveau d’une ligne allant du genou au jarret, en allant le plus près possible du jarret.
Cet exercice va vous permettre de vérifier et d’entretenir la mobilité des vertèbres cervicales basses du cheval.
Niveau musculaire, toute la chaine musculaire des muscles profonds va travailler (vous savez, ceux qu’on galère à faire bosser !), pour assurer l’équilibre. Vous devriez voir un effet sur les abdos et le dos (qui doit remonter et s’arrondir).
Niveau boulet
Niveau 3 – boulet
On va demander au cheval d’amener son bout du nez au niveau du boulet, en allant le plus loin possible.
Cet exercice va vous permettre de vérifier et d’entretenir la mobilité des vertèbres cervicales basses du cheval.
Niveau musculaire, toute la chaine musculaire des muscles profonds va travailler, pour assurer l’équilibre. Vous devriez voir un effet sur les abdos et le dos (qui doit remonter et s’arrondir).
Plus vous allez aller bas :
– moins vous allez aller loin,
– plus vous allez travailler les muscles profonds et l’équilibre.
L’exercice niveau boulet vu par Gillians Higgins.
Comme vous pouvez le constater sur les photos, le cheval doit pouvoir être capable de passer d’un niveau à l’autre sans bouger ses pieds. Lorsque l’exercice est réussi, vous constatez également que le cheval reporte ses appuis sur le diagonal intérieur (il va soulager l’antérieur opposé et le postérieur du coté de l’exercice).
L’idée n’est pas de forcer le cheval à aller loin (on ne peut pas , c’est l’avantage, on est obligé d’aller à son rythme et respecter ses capacités!), mais de chercher la décontraction musculaire. Plus vous aurez un muscle qui va se détendre, plus le muscle pourra s’allonger et plus votre cheval pourra aller loin.
N’oubliez pas d’être patient, même si votre cheval n’arrive pas à aller loin, vous verrez les bénéfices des étirements si vous les faites régulièrement et consciencieusement.
En général, vous rencontrez une difficulté principale : votre cheval bouge. C’est signe que vous allez trop loin et lui demandez un effort trop important. Il faut redemander en cherchant à aller moins loin. Une fois qu’il aura compris que la carotte n’est donnée que lorsqu’il tient la position, il ne va plus bouger. Ne le mettez par contre pas en position où il ne peut pas faire l’exercice, ce qui va l’agacer et ne lui donnera plus envie de se prêter au jeu.
Essayez de tenir chaque position entre 5 et 15 secondes. A faire de chaque coté évidemment, le plus souvent possible.
Cet exercice, en plus d’être un bon travail de détente, participe à :
– une rééducation posturale (sort le garrot, mise en place de l’encolure, du dos et de l’arrière main),
– un renforcement des muscles posturaux profonds du tronc,
– la montée de la base de l’encolure,
– l’augmentation de la flexibilité et la souplesse du dos (très bon exercice pour les chevaux ensellés),
– améliorer les incurvations.
Tout en vous permettant de créer un relationnel sympa avec votre cheval, sous forme de jeu.
Effet sur les vertèbres et les chaines musculaires de l’exercice. Crédit Gillian Higgins
Même si ces mouvements en sont pas nécessaires pour travailler ou monter son cheval, il est important qu’ils soient possible, pour garantir la mobilité, la souplesse et l’élasticité du cheval au travail.
« Le test quotidien du stretching vous permet de détecter le problème au tout début de l’histoire. Il est préventif. A vous ensuite de faire un choix sur la manière de régler ce problème. »
JM Boudard – Le stretching pour votre cheval
***
N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que l’on effectue une visite “état des lieux” pour pouvoir aider votre cheval et vous donner des outils d’évaluation de votre cheval.
Pour rappel, une séance de bodywork ne remplace pas une consultation d’un vétérinaire, ostéopathe / chiropracteur ou maréchal/podologue.

Etude de cas : réhabilitation d’un High-Low sévère

On entend de plus en plus parler de chevaux présentant un High-Low (ou syndrome de la diagonale pour les frenchies !). Face au désarroi et au sentiment d’impuissance des propriétaires, j’ai envie de partager aujourd’hui le cas d’un high-low “spécial”, puisque c’est celui de mon cheval, qui a été l’initiateur de mes différentes formations et démarches pour dénicher des solutions pour son cas.
Postulat de base.
Notre cobaye est donc d’un cheval de 3 ans, acheté non débourré, avec visite vétérinaire complète (examen locomoteur + 12 radios des membres), avis favorable du vétérinaire. Aucune pathologie trouvée, juste une remarque : P3 n’a pas la même forme sur les deux antérieurs (antérieur droit la phalange est moins concave que sur l’antérieur gauche). « Sans conséquence, un bon maréchal et il n’y aura aucun soucis ma p’tit madame » dixit le vétérinaire.
Ce fut la première erreur.
Radios des antérieurs lors de la visite d’achat à 3 ans.
Le cheval est acheté, 3 semaines après son arrivée il est boiteux antérieur droit. Tiens tiens tiens………..
Re-visite d’un autre vétérinaire, re-examen locomoteur (RAS), re-radios (RAS),… conclusion du vétérinaire : on sait pas, ça doit être une sensibilité, il n’y a qu’à ferrer, avec plaque, ça devrait régler le problème.
Ok, merci Mr le vétérinaire, à bientôt (ou pas). Le cheval ne sera pas ferré. Sur un 3 ans, pas débourré ni travaillé, sans pathologie, ferrer avec plaque est une hérésie à mes yeux. Il continuera sa croissance tranquillement, en présentant parfois de légères gènes sur cet antérieur sur sol dur et très irrégulier.
Premier bon choix !
A 3 ans, à son arrivée, pas débourré ni travaillé, avec sa position habituelle pour brouter.
On peut déjà constater à cette époque une façon de brouter comme un foal, à faire les ciseaux des antérieurs, toujours le droit en avant, les postérieurs ramassés. Cette position avait été mise sur le fait d’une forte croissance, une difficulté à prendre conscience de son corps et de s’arranger avec… why not, m’enfin quand même…
A 4 ans, le cheval est débourré. C’est là que ça se corse. Une fois dessus, on constate une atrophie de l’épaule gauche par rapport à l’épaule droite (40% de masse musculaire en moins), un cheval qui n’arrive pas à galoper à droite sans être complètement contre incurvé ou désuni (ou carrément du mauvais pied), tourner à gauche est compliqué, et pour couronner le tout, cheval irrégulier lorsque l’on trotte sur le diagonal gauche (s’arrête même).

 

 

A 4 ans, juste débourré et sorti en extérieur principalement avec du dénivelé. La position pour brouter n’a pas été modifiée…
Bref, prise de conscience qu’il y a un réel soucis sur ce cheval et début d’un looooong cheminement pour trouver des réponses.
Le cheval est travaillé légèrement, principalement en extérieur, avec montées et descentes. Il prend du muscle et de la force, mais garde cette dissymétrie. A 4 ans, il broute toujours comme un foal…
Errements
Étape 1 : Face à la dissymétrie musculaire et aux soucis rencontrés au travail, nous nous penchons tout naturellement vers la méthode du docteur Pierre Pradier, que j’ai croisé il y a quelques années lors d’une journée de démonstration, où j’en ai pris plein les yeux et plein le cœur de voir ses chevaux fonctionner aussi facilement, avec justesse et envie.
Le travail de rééducation commence en novembre 2015 avec Julie Lavergne, qui a travaillé les chevaux sous le regard aguéri du docteur pendant plus de 8 ans, à travailler et réhabiliter toute sorte de chevaux.
Si les débuts furent difficiles pour le cheval, les résultats ont commencés à arriver et le cheval va petit à petit retrouver une musculature plus harmonieuse.
Merci Julie pour ta patience et ta persévérance… c’est rare de voir des chevaux travaillés dans le beau et juste. Ton savoir est une pépite, un travail sur soi autant que sur le cheval.

Étape 2
: si d’un point de vue musculaire les points de tension se sont atténués, persiste une certaine dissymétrie dans le travail et au niveau des pieds qu’il faut continuer à corriger. L’adage disant « pas de pied pas de cheval », on va donc tout naturellement s’attaquer à ce point.

Toujours pas ferré, le cheval présente une dissymétrie des pieds (reflet de ce qui se passe plus haut), pourriture de fourchettes à l’année et corne de mauvaise qualité. On va donc commencer à chercher ce qui ne va pas avec ces fichus pieds.

Août 2016, un stage et une visite de Guillaume Parisiot après, c’est le déferlement de réponses.

« Ben c’est normal qu’il boite votre cheval, il a une descente distale. »
« La dissymétrie ? normal, il a un high-low, regardez, sa première côte est bloquée. » 
« La corne et la fourchette pourrie, ça vient de l’intérieur. Qu’est-ce qu’il mange ? Comment il vit ? »
 

Le parage est modifié dans la foulée par la venue d’une nouvelle podologue et un changement de vie / alimentation est mis en place. 3 mois plus tard, la descente distale et la pourriture des fourchettes ont disparues. 6 à 7 mois plus tard la qualité de corne s’est améliorée et le pied s’est totalement restructuré. Ou plutôt le pied s’est complètement transformé dans ses structures internes et rétabli dans sa fonction primaire en quelques mois.

Première victoire !

Merci Guillaume pour le regard bienveillant que tu as posé sur ce petit cheval… tu es un maillon incontournable de sa réhabilitation et de mon cheminement.

Étape 3 : sentant bien qu’il manque un maillon pour tout relier et que les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts, après la visite de 3 ostéos différents, pour lesquels les mêmes soucis étaient évoqués (arrière main pas connectée à l’avant, soucis d’épaule) sans solution efficace apportée, je me lance dans la formation de bodywork en novembre 2016.

Ce cheval sera mon cobaye attitré! La première séance de bodywork intervient début décembre, pour débloquer cette fameuse première côte (ou plutôt les deux chez lui !) dont on entend tellement parler.

A 5 ans, après les premières séances de bodywork, le cheval est capable de brouter correctement, en alternant l’avancée d’un antérieur puis l’autre.
Il n’est à ce moment là pas travaillé, faute d’installations.

Le cheval n’est pas au travail à ce moment (hormis quelques sorties le week-end en extérieur) faute d’installation pour travailler. Par contre il vit au pré H24 et bouge toute la journée.

Premiers résultats sur la posture en 3 jours. L’accompagnement post bodywork sera primordial par une rééducation psychomotrice pour essayer de modifier le schéma corporel. Comment penser qu’un cheval qui adopte une posture compensatoire depuis des années va changer sa posture sans une petite rééducation ?

 

Étirements passifs et actifs, rééducation posturale lorsqu’il broute, rééducation à la proprioception (et là le pied nu est un vrai plus),… en plus d’un suivi en podologie, ostéopathie avec la rencontre d’une chiropraticienne passionnée par la locomotion et au niveau du travail monté, toujours avec la méthode Pradier.

7 mois après, le cheval présente une concavité plus importante sur l’ancien pied plat. Après vérification du chiropracteur et en bodywork, tout est à sa place. Une visite de la podologue va également confirmer les résultats. C’est là que l’on peut savourer une grande victoire : si aucun blocage physique ne persiste, c’est que le changement est profond, le cheval a été remis sur ses 4 pieds, en équilibre.

A 6 ans, la dissymétrie ayant totalement disparue, que ce soit d’un point de vue de la masse musculaire, des pieds ou du travail.
Conclusion
Aujourd’hui le cheval a 6 ans. Si il a prit du retard dans son travail, il est maintenant « opérationnel », peut travailler à pied comme monté, en promenade comme dans du travail plus technique de gymnastique pure.
Pour tous les cavaliers désespérés par leurs chevaux présentant un high-low ou même une dissymétrie prononcée, sachez qu’une réhabilitation est possible ! Pour une utilisation de cheval de sport, pas seulement pour un cheval de promenade.
Si ce même cheval avait été pris en charge avec les connaissances que j’ai accumulé via la gestion de ce cas, 8 à 12 mois auraient suffit pour sa réhabilitation. Sur un cheval débourré ou non, travaillé ou non.
Quelle perte de temps, d’énergie, de sommeil et d’argent !
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Mille mercis à la team qui nous entoure (presque au quotidien) et avec qui il est toujours agréable d’échanger nos expériences et « trucs et astuces »…
à Camille Roger, super podologue, ouverte et professionnelle, qui ne compte pas son temps et ses conseils
à Fanny El Hagar, chiropractrice (humain et équin) passionnée et passionnante, qui pose un regard bienveillant sur chaque patient, quelque soit son type !
Sans oublier mon beau Beso, pour m’avoir montré le chemin. Quelle chance j’ai de t’avoir comme guide… moi qui pensais que j’allais te façonner, c’est toi qui me transforme.
« C’est un petit cheval blanc, tous derrière, lui devant… » George Brassens
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N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que l’on effectue une visite “état des lieux” pour pouvoir aider votre cheval et vous donner des outils d’évaluation de votre cheval.

Pour rappel, une séance de bodywork ne remplace pas une consultation d’un vétérinaire, ostéopathe / chiropracteur ou maréchal/podologue.

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EDIT
Pour ceux qui me demandent les liens vers les différents professionnels cités :
– Julie Lavergne – www.2c2a-concept-equestre.com
– Guillaume Parisot – www.podologie-equine-libre.net
– Camille Roger – www.facebook.com/sabotineetcompagni…
– Fanny El Hagar – www.chiropracteur-equin.fr et www.chiropraxie-77.fr

De cette fameuse première côte…

Beaucoup de propriétaires arrivent au bodywork après avoir entendu parler de cette fameuse première côte, responsable de tous les maux, dissymétries et high-low en tout genre. Beaucoup d’interrogations tournent autour de ce point et cristallise pas mal de doutes et d’interrogations.
Pas de querelle de chapelle ici, nous allons essayer d’expliquer un peu les choses du point de vue du bodywork.

Première question plus que fréquente : mais pourquoi aucun ostéopathe n’en parle ?
Les ostéopathes s’occupent des structures osseuses du cheval, ils devraient donc s’en préoccuper. Sauf que cette première côte est située sous la scapula. Elle n’est donc pas accessible par le praticien.

Concrètement, à part April Battles (holistichorseworks.com, USA), je n’ai trouvé que le docteur Sabine SACHS, vétérinaire ostéopathe allemande, qui aborde le sujet dans son livre « Traiter son cheval par l’ostéopathie ».

La question qui suit, légitimement, est : si on ne peut pas l’atteindre, comment vous la débloquez ? Nous pouvons la débloquer parcequ’en réalité, on ne va pas y toucher ! Une côte va se bloquer pour deux raisons : suite à un blocage d’une vertèbre thoracique ou à cause de tensions musculaires résultant de traumatismes ou de muscles sur-sollicités (compensations, travail non adapté, coup, chute,…).

Squelette de cheval présentant une première côte déplacée (sa côte droite). On peut également noter de dissymétrie au niveau des pieds résultant de ce blocage.
 Là où l’ostéopathe ou le chiropracteur va pouvoir intervenir est sur le blocage de la vertèbre thoracique, le praticien bodywork va pouvoir intervenir sur les muscles en spasme. Nous allons donc avec une manipulation très simple et toujours très bien acceptée par les chevaux décompresser ces muscles en spasme qui empêchent à la première côte d’être à sa place. Le résultat est d’ailleurs immédiat, le cheval se met systématiquement à mâchouiller une fois la manipulation effectuée (signe de décontraction). C’est d’ailleurs ce signe qui nous permet de savoir si la manipulation est passée ou si il y a besoin de la recommencer.

Mais en quoi une toute petite côté cachée dans cet amas de muscles qu’est l’avant main va poser problème ?
Parceque cette petite côte bloque le mouvement d’extension de l’épaule et donc de l’antérieur. Le cheval, au lieu de faire un mouvement de protraction (le fait d’avoir le membre tiré vers l’avant par les muscles et tendons extenseurs), est obligé faire un mouvement d’épaule vertical pour pouvoir soulever le membre et l’amener par la force de l’épaule vers l’avant. Un peu comme si il avait une jambe plâtrée.

Cette restriction de mobilité est d’autant plus prononcée que le cheval va être en extension d’encolure (nez en bas). C’est pour cela que le blocage de cette première côte se remarque surtout lorsque le cheval broute. Combien de propriétaires trouvent “bizarre” que leur cheval adulte continue de brouter comme un goal, toujours le même antérieur en avant ? Leur cheval broute en ciseau faute de pouvoir amener l’antérieur de la côte bloquée en avant !

Ici April Battles montre sur un cheval de sport le rhomboïde sur développé du côté de la première côte bloquée.
Au travail, un développement anormal du rhomboïde du coté de la côte bloquée (ou des deux côtés si les deux sont bloquées !), dont en général les cavaliers sont très fiers, pensant leur cheval très musclé… Pour rappel, tout muscle sur-développé et qui n’est plus dans l’harmonie globale du corps est un muscle sur-sollicité, donc un muscle qui compense un blocage quelque part. Ca n’est pas à prendre à la légère et ça révèle un soucis biomécanique.
Schéma montrant la position de l’artère pulmonaire (en violet).

A noter également qu’une première côte bloquée à gauche va comprimer l’artère pulmonaire, et donc géner la capacité respiratoire. Ca n’est pas rare de voir des chevaux avec une première côte bloquée à gauche une fois libérée se mettre à respirer profondément. Je vous laisse imaginer ce que peut ressentir le cheval et le confort gagné dans la pratique sportive.

 

Ces restrictions mécaniques vont tout logiquement avoir des conséquences sur la posture du cheval et sa mobilité. Suivant les natures (cheval plus ou moins souple, plus ou moins dur au mal,…) mais aussi les disciplines pratiquées, ce soucis va s’exprimer différemment. Certains vont se retrouver complètement bloqués, voir boiteux, d’autres présenter juste une raideur à une main (parfois seulement au galop). Dans tous les cas, le cheval n’est pas dans le confort et ces restrictions de mobilité vont entrainer des compensations.

 

Les compensations posturales vont se retrouver sur différents points :
– une dissymétrie au niveau des omoplates, avec une en rotation par rapport à l’autre (à l’origine parfois de soucis de selle),
– une dissymétrie au niveau des muscles pectoraux,
– une dissymétrie au niveau des coudes (un plus rentré avec une rotation du membre le rendant plus ou moins panard / l’autre plus ouvert, avec une rotation du membre le rendant plus ou moins cagneux)
– une dissymétrie au niveau des pieds, avec une boite cornée dissymétrique pour certains (voir même P3 de forme différente, visible sur les radios), pour d’autres juste une concavité moins prononcée,…

Au travail, on va se retrouver avec un cheval dissymétrique dans sa musculature complète (un latéral plus musclé que l’autre), un cheval qui va constamment se porter plus sur un antérieur (départ au galop ou réception à l’obstacle toujours du même pied, inconfortable voir irrégulier au trot enlevé sur le diagonal de la côte bloquée,…), un cheval qui va tomber sur le cercle à une main ou au contraire ne pas pouvoir réduire ce cercle,…

C’est l’étape 1.

L’étape 2 étant la compensation globale, avec des blocages au niveau du garrot, des cervicales basses, les 8 premières côtes, la scapula,… puis se répercuter au niveau de l’arrière main, avec des chevaux qui vont se retrouver avec des soucis de sacrum vrillé, d’ischion plus bas que l’autre, de bassin décalé,… puis finir par avoir des processus épineux qui vont se restreindre à cause d’une sollicitation anormale des psoas,…

L’étape 3 est lorsque le corps présente une usure physique. On en arrive à des atteintes du naviculaire ou des chevaux catalogués avec des syndromes naviculaires sur le pied constamment sollicité, voir des tendinites de compensation sur l’autre antérieur, de l’arthrose au niveau des cervicales basses, des conflits de processus épineux au garrot ou aux lombaires, des calcifications,… Et des chevaux au pronostic sportif compromis parfois encore très jeune.
Mais pour quelle raison cette première côte se bloque ?
Le blocage musculaire de cette côte peut intervenir dans de nombreux cas : chute, contracture musculaire, violents mouvement d’encolure type du cheval couché qui se coince et cherche à se libérer. Bref, se sont des êtres vivants !
Thermographie d’April Battles : à gauche avant manipulation,
à droite 5 minutes après manipulation.

April Battles a mené ses recherches sur cette première côte encore plus loin en pratiquant des thermographies d’un cheval avant et après déblocage. La seconde thermographie est prise 5 minutes après la manipulation. Les images sont plus que parlantes, les zones en rouge étant des zones d’inflammation. Libre à chacun de tirer les conclusions qu’il souhaite…

Elle a également pu constater sur des poulains des blocages de cette côte. Laissé grandir tranquillement jusqu’au débourrage, on imagine bien que celle ci ne s’est pas remise seule à sa place, mais que le reste du corps s’est plutôt construit autour de ce blocage, en compensant comme il peut pour retrouver un semblant d’équilibre et de confort. Autant dire que sa carrière de cheval de sport (ou même de loisir) ne part pas vraiment sur un bon pied !

 

De mon côté, de tous les chevaux que j’ai pu voir en consultation, pas un seul n’avait pas au moins une première côte bloquée (voir les deux) ! Tous étaient d’origine et d’âge divers, chevaux de loisir ou de sport (CSO, dressage CCE,…). Tous ne présentaient pas forcément une asymétrie prononcée, certains ne posaient pas de problème particulier à leur cavalier dans la pratique sportive. D’autres étaient réellement handicapés.

Une séance de bodywork n’est pas réservée seulement aux chevaux présentant un problème déclaré, mais à l’ensemble des chevaux, montés ou non, afin de leur permettre de retrouver leur intégrité physique et leur plein potentiel. C’est à dire pouvoir redevenir le plus droit possible, mais surtout le moins contracté possible, afin de pouvoir se mouvoir librement.

Comme j’aime le rappeler :
« Si le cheval n’a pas le corps entièrement libre et souple, il ne peut obéir aux volontés de l’homme avec facilité et avec grâce. »
La Guérinière

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N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que l’on effectue une visite “état des lieux” pour pouvoir aider votre cheval et vous donner des outils d’évaluation de votre cheval.


Pour rappel, une séance de bodywork ne remplace pas une consultation d’un vétérinaire, ostéopathe / chiropracteur ou maréchal/podologue.